Spec Ops: The Line, de sable et de sang

A priori, rien d’intéressant ne semble pouvoir se dégager de Spec Ops: The Line : un énième jeu de tir à la troisième personne, une époque contemporaine vue et revue, des ennemis par centaines et des militaires chargés de répandre le bien au moyen de fusils d’assaut. Pourtant, le titre parvient à accrocher le joueur grâce à un scénario prenant un tour inattendu, brouillant les pistes et enfonçant les personnages dans une atmosphère toujours plus malsaine et inquiétante.

Puisqu’il faut mentionner le scénario sans pour autant le révéler, voici les faits : vous, le Capitaine Walker, de l’armée des États-Unis d’Amérique, êtes envoyé avec deux (!) autres soldats à Dubaï afin de secourir une ville coupée du monde par de furieuses et périodiques tempêtes de sable. Alors que vous venez pour sauver civils et militaires chargés de l’évacuation, vous êtes accueillis non pas par des louanges mais par des hommes ne souhaitant qu’une seule chose : vous tuer. Le leitmotiv semble alors être : ce qui se passe à Dubaï reste à Dubaï. Ce n’est qu’en progressant dans le sable, entre et parmi les gratte-ciel, que vous pourrez ébaucher le pourquoi du comment. Sans dévoiler la suite de l’intrigue, indiquons que celle-ci va crescendo dans l’horreur — pas celle des monstres et des revenants, mais l’horreur humaine, celle de la Shoah et des guerres civiles — et que l’on peut, mutatis mutandis, y voir une resucée de la seconde partie d’Apocalypse Now.

SpecOpsTheLine 2013-01-07 18-07-36-36SpecOpsTheLine 2013-01-07 18-29-18-65SpecOpsTheLine 2013-01-07 20-33-23-28SpecOpsTheLine 2013-01-07 20-59-32-63SpecOpsTheLine 2013-01-07 21-40-20-27

Reste que si l’histoire et les événements paraissent audacieux en matière de jeu vidéo, ils ne surprendront pas le cinéphile amateur de films de guerre. L’horreur du conflit, le langage châtié des GI’s, qui se sentent obligés de placer un fucking tous les trois mots, n’ont à cet égard rien de très original. Mais si Spec Ops ouvre la voie vers des jeux de guerre plus sombres, plus matures et surtout moins manichéens, c’est une chose heureuse à saluer.

Mais qui dit scénario surprenant ne dit pas nécessairement gameplay innovant. Celui de Spec Ops, pusillanime mélange de Gears of Wars et de Call of Duty, ne laissera pas un souvenir impérissable. Alors que les combats se prêtent à des mouvements vifs et à des commandes réactives, les développeurs nous mettent dans la peau d’un soldat plutôt lourdaud et qui ne peut pas faire dix mètres sans devoir se mettre à couvert. Des lors, les affrontements se révèlent extrêmement répétitifs ; ils ne requièrent d’ailleurs pas d’adresse particulière au tir, mais seulement de la patience. Si vous possédez cette dernière vertu, vous ne devriez ressentir aucune frustration… à moins que les deux collègues qui vous accompagnent ne fassent n’importe quoi. Ceux-ci, assez efficaces en combat, à l’inverse d’un Call of Duty, et auxquels vous pouvez donner des ordres très basiques, font parfois montre d’une témérité extrême, jusqu’à s’exposer au feu ennemi pour décéder, vous imposant de recommencer à partir du dernier point de sauvegarde. Notez que ce gameplay, originellement pataud, peut être sensiblement amélioré grâce aux bidouilles regroupées à la fin de ce billet.

Un autre petit point négatif autour des combats, c’est que ceux-ci auraient gagné à être moins grandiloquents, moins hollywoodiens, pour coller au scénario. Trop d’ennemis, trop d’explosions nuisent à la crédibilité et nous rapprochent dangereusement d’un jeu générique (Call of Duty, pour ne pas le citer). Du reste, la seule véritable originalité de Spec Ops en matière de gameplay réside dans l’utilisation du sable. Je m’explique : le sable ayant envahi la ville, il se trouve souvent une vitre ou un mur qui, par la force des choses, en retient une grande quantité ; en tirant dessus, vous formerez une dune, idéale pour y enfouir vos adversaires. Ce mécanisme, assez rare en pratique, relève toutefois de l’anecdote.

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Utilisant lui aussi l’Unreal Engine 3, Spec Ops: The Line se situe à un niveau visuel moyen, probablement honorable sur consoles, mais peu impressionnant sur PC, bien que certains panoramas restent agréables à l’œil. Plus généralement, le jeu est assez inégal, alternant niveaux passablement datés et niveaux visuellement mémorables. Dans tous les cas, la chaleur et l’opulence de Dubaï, cité dévastée par le sable, sont restitués avec soin. Le gris-marron des actuels des jeux de guerre n’est ici pas au menu, et c’est heureux. L’optimisation est celle d’à peu près tous les jeux tournant avec ce moteur : sur une machine récente, vous ne rencontrerez aucun ralentissement, même en poussant les paramètres graphiques dans leurs derniers retranchement. Notez toutefois que le portage PC assure le service minimum et, si vous souhaitez jouer dans des conditions optimales, je vous renvoie au bricolage en fin de billet.

Disons enfin un mot de l’environnement sonore de Spec Ops. Loin des musiques épiques, patriotiques et souvent pathétiques de ses concurrents, le jeu a le bon goût de faire intervenir des morceaux de l’âge d’or du rock américain, celui du festival Woodstock de 1969, morceaux qui trouvent généralement leur source dans le décor (une radio, le plus souvent). On appréciera ou non, selon les goûts de chacun, mais louons cette volonté de changement. Pour les dialogues, rien que de très classique : bien doublés en anglais, avec une écriture peut-être un peu trop classique. Mais on y croit, et c’est là l’essentiel.

Spec Ops: The Line s’affuble d’une franche linéarité, même si certains passages proposent, sans aucune subtilité, plusieurs approches différentes. Mais les rares choix que vous ferez n’influenceront pas l’issue du jeu et, si plusieurs fins sont disponibles, les choix décisifs qui y conduisent se situent tous au dernier niveau. Poursuivant plus en avant sa quête cinématographique, le titre emprunte sa durée de vie à celle d’un (long) long-métrage : prévoyez entre quatre et cinq heures en mode de difficulté intermédiaire, avec une rejouabilité limitée sauf si vous souhaitez ramasser tous les secrets, pas vraiment cachés d’ailleurs.

Mais, même si j’attribue à Spec Ops une pléthore de petits défauts, j’avoue l’avoir terminé très rapidement (en deux jours), parce que l’intrigue m’a tenu en haleine et que le gameplay, bien que peu subtil, se laisse aisément prendre en mains. Il s’agit donc là d’un jeu pop-corn dans le bon sens du terme ; on y joue comme on regarderait un bon film. Pas un chef-d’œuvre, certes, mais un bon film. Merci à Ecaheti pour ce petit cadeau de nouvelle année.

La presque intégralité du deuxième chapitre, sans HUD, d’où quelques errements. Garanti sans spoiler :

Et le multijoueur ?

Si vous n’aimez pas jouer tout seul, je vous déconseille Spec Ops, la partie solo constituant le gros morceau du jeu. Toutefois, en fait de multijoueur, le titre propose des affrontements classiques entre joueurs ainsi qu’un court mode coopératif. S’agissant du multi traditionnel, il faut lui reconnaître une certaine complétude : différents modes de jeu, plusieurs classes à customiser, un système d’expérience, etc. L’intégration des tempêtes et la présence de modes originaux constituent un atout indéniable. Malheureusement, seuls quelques irréductibles peuplent encore ce mode multijoueur et il est préférable que vous ayez à vos côtés un ou plusieurs camarades pour remplir les parties.

Le mode coopératif, lui, se révèle bien moins original. Composé de quatre niveaux, qui ne sont que le recyclage de la campagne solo, il présente une difficulté étonnamment élevée, avec d’insupportables vagues infinies d’ennemies, vous empêchant de jouer proprement car vous forçant à foncer dans le tas. Reste que si vous avez un ami possédant Spec Ops ainsi que deux heures à tuer — en comptant vos différentes morts —, cela peut s’avérer sympathique.

Quelques bidouilles

En 2011, Bulletstorm avait creusé le gouffre de la stupidité en proposant des fichiers de configuration cryptés. Un an plus tard, Spec Ops: The Line a sauté à pieds joints au fond du gouffre : afin de pouvoir modifier les fichiers de configuration, il vous faut d’abord les décrypter. Voici la démarche, qui devra être reprise pour les opérations indiquées ci-dessous :

  1. au préalable, faites une sauvegarde de vos fichiers de configuration ;
  2. téléchargez le logiciel de décryptage à cette adresse et placez les exécutables où bon vous semble ;
  3. ouvrez le fichier .ini à modifier avec Gibbed.SpecOpsTheLine.IniDecrypt.exe, ceci le rendra modifiable ;
  4. ouvrez le fichier décrypté avec votre bloc-notes favori, faites vos modifications ;
  5. enregistrez le fichier et fermez le bloc-notes ;
  6. ouvrez le fichier avec Gibbed.SpecOpsTheLine.IniEncrypt.exe, le voilà de nouveau crypté ;
  7. passez le fichier en lecture seule, afin que le jeu ne le réinitialise pas.

Pour désactiver le lissage et l’accélération souris :

  • rendez-vous dans le dossier : Documents\My Games\SpecOps-TheLine\SRGame\Config ;
  • modifiez le fichier SRInput.ini en attribuant la valeur false aux variables bEnableMouseSmoothing et m_ViewAccelEnabled ;
  • passez le fichier en lecture seule, ou le jeu réinitialisera les paramètres.

Pour activer, désactiver le HUD, pour avoir plusieurs FoV différents via le pavé numérique, pour prendre des captures d’écran directement à partir du jeu :

  • ouvrez le fichier SRInput.ini et ajoutez-y, dans la section [Engine.PlayerInput] les commandes suivantes :
    Bindings=(Name=”F1″,Command=”showhud”)
    Bindings=(Name=”F2″,Command=”shot”)
    Bindings=(Name=”NumPadZero”,Command=”fov 110″)
    Bindings=(Name=”NumPadOne”,Command=”fov 10″)
    Bindings=(Name=”NumPadTwo”,Command=”fov 20″)
    Bindings=(Name=”NumPadThree”,Command=”fov 30″)
    Bindings=(Name=”NumPadFour”,Command=”fov 40″)
    Bindings=(Name=”NumPadFive”,Command=”fov 50″)
    Bindings=(Name=”NumPadSix”,Command=”fov 60″)
    Bindings=(Name=”NumPadSeven”,Command=”fov 70″)
    Bindings=(Name=”NumPadEight”,Command=”fov 80″)
    Bindings=(Name=”NumPadNine”,Command=”fov 90″) ;
  • dans la section [SRGame.YPlayerInput3], ajoutez cette commande :Bindings=(Name=”F1″,Command=”showhud”) Bindings=(Name=”F2″,Command=”shot”) Bindings=(Name=”NumPadZero”,Command=”fov 110″) Bindings=(Name=”NumPadOne”,Command=”fov 10″) Bindings=(Name=”NumPadTwo”,Command=”fov 20″) Bindings=(Name=”NumPadThree”,Command=”fov 30″) Bindings=(Name=”NumPadFour”,Command=”fov 40″) Bindings=(Name=”NumPadFive”,Command=”fov 50″) Bindings=(Name=”NumPadSix”,Command=”fov 60″) Bindings=(Name=”NumPadSeven”,Command=”fov 70″) Bindings=(Name=”NumPadEight”,Command=”fov 80″) Bindings=(Name=”NumPadNine”,Command=”fov 90″) ;
  • n’oubliez pas de passer le fichier en lecture seule une fois les modifications effectuées ;
  • en jeu, appuyez sur F1 pour activer ou désactiver le HUD, sur F2 pour prendre une capture (stockée ensuite dans Documents\My Games\SpecOps-TheLine\SRGame\ScreenShots au format BMP) et sur les différentes touches du clavier numérique pour les différentes valeurs de FoV. Libre à vous de modifier les touches selon votre convenance. Attention cependant : modifier le FoV vous empêche de zoomer avec un sniper ; si ce désagrément survient, rechargez la dernière sauvegarde et gardez-vous bien de changer la valeur du FoV.

Pour pousser le filtre anisotropique jusqu’à 16x (limité à 4x par défaut) :

  • modifiez le fichier SREngine.ini en attribuant la valeur 16 à la variable MaxAnisotropy ;
  • passez le fichier en lecture seule, ou le jeu réinitialisera les paramètres ;
  • vous pouvez farfouiller dans ce fichier pour modifier d’autres paramètres.

Le jeu, dans ses options graphiques, ne proposant pas d’anticrénelage (!), je vous conseille de forcer celui-ci via le panneau de configuration de votre carte graphique et/ou d’activer le FXAA grâce à un petit logiciel comme celui-ci.

Pour obtenir une image d’un ratio autre que le 16/9, vous pouvez utiliser le logiciel Flawless Widescreen, qui contient un plugin dédié à Spec Ops: The Line. Ce même plugin vous permettra également de modifier le field of view (FoV).

Pour supprimer les nombreuses vidéos qui s’enclenchent à chaque lancement du jeu :

  • rendez-vous dans le dossier : steamapps\common\SpecOps_TheLine\SRGame\Movies ;
  • renommez en ce que vous voulez les fichiers 2KDemo_Warn.bik, 2KLogo.bik, blackscreen_3sek.bik, Legal.bik, LegalScreen.bik, legal_FRA.bik (si votre jeu est en français), legal_logo_screen.bik, UnrealLogo.bik et YagerLogo.bik.

Pour ne pas avoir à faire vous-même le travail des développeurs, un utilisateur — que je soupçonne être l’homme derrière le site Dead End Thrillspropose ses propres fichiers de configuration, dont je me suis inspiré. Ils fonctionnent, mais vous imposent de jouer avec les contrôles et la configuration graphique par défaut, sauf à modifier les touches et les paramètres vidéo après chaque lancement du jeu ou à modifier les fichiers de configuration vous-même.

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