L.A. Noire, Phelps mène l’enquête

Jeu ambitieux, jeu prétendument révolutionnaire… mais jeu au développement chaotique et qui, partant, n’a pas su combler toutes les attentes. On s’est beaucoup gaussé de L.A. Noire pour cela, et peut-être encore davantage depuis qu’il a été piètrement porté sur PC. N’empêche, cet inclassable présente un certain charme, auquel ne peut que succomber celui qui apprécie son atmosphère toute particulière, celle des films noirs et de l’Amérique des années 1940-1950.

1947. Le lieutenant Cole Phelps, qui s’est illustré dans les batailles du Pacifique, revient à la vie civile et enfile l’uniforme du fameux L.A.P.D. (Los Angeles Police District), d’abord en tant que simple agent, puis au sein des différentes brigades. Pétri de bons sentiments, au premier rang desquels figure la probité, l’ancien militaire est catapulté dans une ville, un état d’esprit qui fleurent bon la corruption, le machisme, le racisme et l’anticommunisme. Le choc est rude, mais Cole encaisse plutôt bien, en témoigne son ascension rapide au sein de la police. L.A. Noire se compose ainsi de vingt-et-une affaires qu’il faudra démêler de façon efficiente, sans que le mince fil directeur ne soit altéré. Le jeu se présente donc comme une série policière composée d’épisodes différents et tenus par une intrigue principale prenant le minimum de place. Il n’en reste pas moins que votre parcours est sous-tendu par une histoire construite, celle-ci ne prenant véritablement consistance que vers la fin. À ces missions principales s’ajoutent quarante délits (cambriolages le plus souvent mais aussi des tentatives de suicide, disputes conjugales, exhibitions sexuelles, etc.) optionnels, jouables lors de vos trajets d’un lieu à un autre, et qui se concluent généralement dans un bain de sang.

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Si j’ai parlé d’inclassable un peu plus haut, c’est que L.A. Noire introduit de nouvelles mécaniques qu’il est aujourd’hui le seul à utiliser. Celles-ci ont été au cœur de la campagne promotionnelle du jeu et font partie de ce que les statistiques nomment phases d’enquête. La première est la recherche d’indices et s’apparente assez à ce que proposent les jeux d’aventure depuis de nombreuses années. La deuxième, en revanche, a de quoi surprendre ; il s’agit des interrogatoires. Comme tout bon enquêteur qui se respecte, vous êtes amené à interroger témoins et suspects pour éclairer vos affaires. Une fois que les personnes interrogées vous répondent, vous avez le choix entre trois options : admettre qu’elles disent la vérité (rare en pratique), mettre en doute leur réponse (quand vous pensez qu’elles mentent mais que vous n’avez pas de preuve directe du mensonge) ou leur démontrer qu’elles mentent, avec le soutien d’un indice préalablement découvert.

Mais comment choisir parmi ces trois options ? me direz-vous. Eh bien, grâce aux animations des visages, très poussées et constituant l’aspect technique du jeu le plus abouti. Une personne qui n’a pas la conscience tranquille aura ainsi tendance à détourner le regard, à se mordre les lèvres ou à s’agiter. Si les interrogatoires recèlent une petite part d’aléatoire — il existe de très bons menteurs et d’autres qui s’agitent à la seule idée d’être interrogés par un policier —, ils n’en demeurent pas moins l’instant le plus savoureux de chaque enquête, là où votre âme d’enquêteur se révèle… ou non. Pour parvenir à des animations faciales aussi précises, les développeurs ont fait appel à toute une brochette d’acteurs et, si vous suivez la série Mad Men, vous retrouverez de nombreux personnages. C’est ainsi Aaron Staton qui a donné sa voix et son visage à Cole Phelp. Globalement, les dialogues sont écrits et doublés de manière irréprochable et la VOST, à laquelle nous a habitués Rockstar, est le meilleur choix qui pouvait être fait.

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Bien que se présentant de prime abord comme un GTA-like, le jeu reste assez linéaire puisque les affaires se poursuivent imperturbablement jusqu’à la dernière. Mais c’est au sein de chaque affaire que l’histoire peut dévier d’un côté ou de l’autre : selon que vous trouviez plus ou moins d’indices, que vous réussissiez ou non vos interrogatoires, vous pourrez inculper le coupable ou bien commettre les prémices d’une erreur judiciaire. Chaque affaire donne d’ailleurs lieu à un rapport d’évaluation, qui va de une à cinq étoiles. Vous pouvez rejouer chaque affaire pour améliorer votre score, et ainsi voir une autre fin possible.

S’agissant de l’aspect GTA-like, vous avez totale liberté pour visiter Los Angeles. Seulement, il n’y a pas grand choses à y faire en dehors des affaires principales et des délits. Au surplus, la conduite des véhicules est assez laborieuse et l’intelligence artificielle des habitants a de quoi énerver, entre les piétons qui se jettent sous vos roues et les automobilistes qui vous barrent la route. Heureusement, les phases en voiture peuvent être passées en laissant votre partenaire conduire. Les phases de fusillade, elles, bien que faciles et finalement peu nombreuses, n’ont rien de plaisant à cause de la rigidité des déplacements et de la visée. Il existe enfin quelques combats à mains nues, assez anecdotiques. Pour le périphérique, je conseille l’utilisation d’un pad Xbox 360 pour l’ensemble des phases, à l’exception des fusillades, pour lesquelles vous pouvez reprendre votre clavier et votre bonne vieille souris, toujours plus efficaces.

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Cependant, tout n’est pas réussi dans L.A. Noire. Le premier point noir est de taille et il est d’ordre technique. Si, comme on l’a dit, l’animation des visages est impressionnante, le reste ne suit pas. Les intérieurs sont certes assez détaillés et passent plutôt bien, même en 2012, mais la ville vue de l’extérieur n’a vraiment rien de réjouissant : les routes sont sommaires, les textures sont d’un autre âge et l’affichage des décors plus que tardif. Si l’on exagérait un peu, on pourrait presque dire être retombé au niveau du premier Mafia. Ajoutez à cela un framerate limité à 30 images par seconde (et l’on peut parfois descendre en dessous) et vous obtenez un portage PC scandaleux, rendu d’autant plus ridicule par l’ajout du support DirectX 11, dont on se demande bien ce qu’il apporte. Lorsque l’on observe Mafia II, bien plus reluisant et autrement plus fluide, on en vient à se poser des questions. Sans compter que le lancement du jeu, effroyablement long, l’obligation d’une connexion au Rockstar Games Social Club et l’impossibilité de passer la majorité des dialogues et cinématiques viennent ajouter à la frustration.

L’audio vient sensiblement rehausser le bilan puisque, outre les excellents doublages, la bande-son, bien que discrète, possède un niveau de qualité honorable, entre les musiques et les discours de l’époque, qui contribuent à plonger le joueur dans cette intrigante atmosphère de film noir. Car c’est bien cette atmosphère qui aura su me tenir pendant 25 heures, temps qu’il m’a fallu pour terminer la trame principale ainsi que les quarante délits annexes. Notez que j’aurais facilement pu économiser quelques heures. En effet, ce n’est que lors des dernières missions que je me suis rendu compte qu’il était possible de passer les phases de conduite… Une rejouabilité existe, mais elle est limitée et vous permet de boucler avec panache des affaires qui se sont d’abord terminées en eau de boudin.

Alors oui, L.A. Noire est perclus de défauts : une technique fortement inégale, des scènes qui se répètent un peu trop souvent, une maniabilité rigide, un portage PC digne de Rockstar, etc. Mais le scénario, les dialogues et le besoin de confondre le coupable vous poussent à continuer, et ce d’autant plus si vous êtes amateur des films noirs américains comme The Manchurian Candidate, Chinatown, L.A. Confidential ou The Black Dahlia. Un conseil, toutefois : comme toute bonne série policière, L.A. Noire s’apprécie davantage à petites doses ; aussi, une affaire par jour au maximum constitue le rythme idéal.

Comme une vidéo de gameplay classique n’a pas grand intérêt pour le cas présent, je vous colle ici le trailer de lancement

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