Amnesia, la peur au ventre et la mort aux trousses

Pour un petit jeu comme ça, je trouve que l’on a beaucoup parlé d’Amnesia: The Dark Descent ces derniers temps… Oui mais il ne s’agit pas de n’importe quel petit jeu. Il a d’ailleurs suscité des réactions assez inédites parmi les joueurs, comme (tout est authentique et tiré des commentaires de NoFrag) : « Les panpers sont fournies avec le jeu ? », « Je me suis foutu dans un coin sur des cartons et j’ai quitté…  », « Excellent jeu, mais ce sera sans moi, il me fait énormément flipper », « Je ne l’ai pas pris parce que je suis une vieille flipette », « Acheté, commencé mais je n’ose pas continuer, j’ai la trouille » et autres actes de bravoure. Alors, Amnesia fait-il vraiment peur ? Est-il vraiment un FPS ? Vaut-il le coup au final ? Trois questions auxquelles s’efforcera de répondre ce modeste billet.

Peur ou contre ?

Un jeu de mots décidément bien moisi pour introduire la réponse à la première question. Il n’en reste pas moins qu’Amnesia constitue à ce jour la seule expérience à avoir provoqué chez moi un sentiment aussi fort d’oppression, de peur soudaine et de panique, les trois composantes se mélangeant au fil du jeu. En effet, pour son atmosphère et son rythme, Amnesia ne peut être comparé à aucun autre jeu existant si ce n’est – et à un degré moindre – les précédents titres de Frictional Games. La gestion de l’ombre et de la lumière est ainsi vraiment bien fichue dans la mesure où l’une et l’autre représentent à la fois vos meilleurs atouts mais également vos pires fardeaux : la lumière vous permet de ne pas devenir fou et d’y voir clair ; mais elle est aussi le meilleur moyen de vous faire repérer, et lorsqu’on se retrouve sans aucune défense face à une créature plus que simplement effrayante, on prie chaque seconde pour ne pas être vu ; de l’autre côté l’ombre peut vous amener à un état de stress patent alors qu’elle sera salvatrice lorsqu’il s’agira de trouver une bonne petite planque pour laisser passer le monstre.

Ce monstre, il va être votre principale hantise jusqu’à la fin puisqu’il vous devance ou vous suit sur quasiment tous les niveaux. Ce nemesis constitue la grande force d’Amnesia puisqu’il surgit là où on ne l’attend pas (vous voilà prévenu) alors qu’il peut parfois faire beaucoup de bruit sans qu’on ne puisse le voir. Rarement sentiment de panique n’aura été aussi fort que celui qui vous agrippe lorsque, poursuivi par lui, vous entamez une fuite vers l’inconnu, très souvent dans le noir et sans savoir si la direction choisie est la bonne. À côté de ça, des jeux dits horrifiques comme le sont Doom 3 ou F.E.A.R. (la comparaison est douteuse, je sais) vous sembleront bon-enfant, puisqu’ici, contrairement à ces jeux, tout est suggéré par des écrits, des bruits, ou d’autres indices visuels, mais n’est que rarement montré au joueur. Un minimum d’imagination, et le tour est joué.

L’autre élément pris en compte par les développeurs pour vous garder en état d’alerte permanent réside dans l’inventaire, et plus particulièrement dans la gestion de vos sources de lumières : l’huile pour votre lampe et les boîtes d’amadou pour les bougies, torches, etc. Toutefois, si vous êtes économe (pour ne pas dire radin), vous ne tomberez jamais à court de l’un ou l’autre. La preuve, j’ai terminé le jeu en ayant sur moi 70 combustibles et 10 flacons d’huile. Mais cela n’empêche pas de faire d’Amnesia un jeu très malsain et qui va crescendo dans l’horreur et le vraiment bizarre. De nombreuses critiques parlent d’un univers lovecraftien ; je ne saurais dire, je n’ai jamais lu Lovecraft.

Un jeu d’aventure aux allures de FPS

Si l’on raisonne de manière très littérale, Amnesia n’est pas un FPS puisque totalement dénué de la composante shooter : sans aucune arme, votre seule chance de salut se trouve dans la fuite et le cache-cache à sens unique. Pour autant, c’est bien à travers les yeux du personnage principal que l’on vit l’aventure, et ce grâce à des mouvements très humains (en dépit de l’absence de body awareness) renforcés par une respiration cadencée différemment selon l’état dans lequel vous vous trouvez. Bref, on s’y croit, et la gestion de la physique liée aux mouvements de souris (intégrée par les précédents titres du studio) se charge très bien de rendre encore le jeu plus immersif qu’il ne l’est déjà.

Côté gameplay, Amnesia ressemble énormément à ces jeux d’aventure sérieux comme en fait par exemple le studio Kheops sauf qu’on a ici l’avantage de pouvoir se déplacer où l’on souhaite, sans être cantonné à certains plans bien précis. Amnesia étant dénué d’affrontements, l’on passe son temps à explorer et à résoudre des énigmes, exactement comme dans un jeu d’aventure, en combinant des objets et des éléments du décors ; seuls les dialogues à choix multiples ne sont pas de la partie, Amnesia étant un jeu extrêmement solitaire. Toutefois, contrairement à ce qu’avançait Dr. Loser dans son test, je n’ai vraiment pas trouvé les énigmes retorses, peut-être parce que je suis amateur de jeux d’aventure classiques, généralement bien plus tordus. Ici, tout est logique et si vous explorez minutieusement toutes les pièces visitées, vous ne devriez rencontrer aucune véritable difficulté, d’autant plus qu’un journal est toujours présent pour vous rappeler vos objectifs en cours. La seule petite difficulté consistera sûrement dans la structure des niveaux : simpliste au début, elle devient vite labyrinthique sur la fin mais après quelques passages, on s’approprie facilement les lieux.

Quelques lignes auparavant, je rapprochais Amnesia des jeux d’aventure sérieux ; la ressemblance ne se limite pas aux énigmes, mais aussi aux graphismes. Si le jeu n’est pas un monstre de technologie, il s’en sort admirablement avec des décors très propres et toujours bien détaillés pour donner une vie (façon de parler) au château dans lequel on s’enfonce inexorablement. En plus, il n’est pas gourmand. Ensuite, la partie sonore revêt une importance toute particulière puisque c’est elle qui est en grande partie responsable de vos frayeurs, au demeurant très nombreuses, avec grincements, gémissements et autres musiques stressantes à souhait. Même si vous êtes tout seul, le jeu comporte une grosse quantité de lignes de dialogues, toutes parfaitement doublées, avec un ton qui colle parfaitement à l’univers macabre d’Amnesia. Pour les anglophobes, le jeu est localisé idéalement (textes en français, voix en anglais et sous-titrées) mais ladite localisation connaît quelques imperfections : fautes d’orthographe (rares mais tout de même) et quelques traductions malvenues ; il m’a parfois fallu deviner l’expression anglaise pour bien comprendre l’énigme. Vous remarquerez cependant qu’il s’agit là du premier (et dernier) défaut trouvé au jeu.

Alors, j’achète ?

Je n’ai pas encore parlé du scénario, et finalement je ne n’en parlerai pas, puisqu’il fonde l’ensemble du jeu et ne saurait être révélé sans vous gâcher le plaisir de la découverte. Sachez juste qu’il y est question de rituels, de torture, d’expérimentations douteuses et autres joyeusetés. L’histoire m’a tenu en haleine pendant sept heures, durant lesquelles j’ai pris mon temps mais sans jamais vraiment bloquer sur une énigme. Pour un jeu à 15 €, on ne fout pas de notre gueule. Pour information, Amnesia dispose de trois fins, et l’embranchement entre celles-ci se décide dans les dernières secondes du jeu. Aussi, il est très facile de toutes les connaître en quelques minutes.

Vidéo de la démo, que beaucoup connaissent déjà :

Amnesia n’étant pas un jeu comme les autres, je ne saurais trop vous conseiller d’essayer la demo (une bonne compilation des premiers niveaux, disponible ici ou sur Steam) avant de vous décider à l’acheter ; ce billet ne représentant que mon ressenti strictement personnel. Si vous aimez les bons gros FPS qui défouraillent et que vous répugnez à avancer prudemment dans un jeu d’aventure, je doute que vous trouviez votre bonheur avec Amnesia. Mais sait-on jamais, vous pourriez être agréablement surpris… Enfin, il faut prendre en compte le fait que ce titre fait partie du dernier bastion des jeux conçus exclusivement pour l’ordinateur (PC et Mac), c’est-à-dire un jeu abordable, avec une durée de vie juste comme il faut, de l’optimisation, et un bon ressenti avec le clavier et la souris. J’ai d’ailleurs été heureux d’apprendre que Frictional Games avait dépassé ses prévisions de vente et travaillait déjà sur un nouveau jeu, avec cette fois-ci quelques rayons de soleil. Je serai sûrement présent pour tester ça.

Quelques liens en vrac :

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20 Comments to “Amnesia, la peur au ventre et la mort aux trousses”

  1. Un très bon moment, un poil court, mais les énigmes s’enchainent très bien et on ne perd pas son temps aller d’un point à un autre en se demandant ce qu’il faut faire. Je le conseil à tous.

  2. Surement mon jeu de l’année. Jamais un jeu ne m’a autant oppressé que celui ci. Plus on avance dans l’histoire plus ça devient gloque (ATTENTION SPOIL: entre la prison où l’on a peur d’avancer tellement il fait sombre accompagné de plein de cri, et la morgue, surement l’endroit le plus répugnant du jeu, on est servi).

    A jouer dans le noir, avec le contraste comme il faut et un casque sur les oreilles (comme il est conseillé au début de parti).

  3. Idem, je de l’année.
    J’ai adoré et pourtant je n’aime généralement pas les énigmes et encore moins les jeux d’aventures.

  4. crim a dit :
    Plus on avance dans l’histoire plus ça devient gloque

    gloque? glock ? G-lok ? cloque? cloak ?

  5. La prison m’a traumatisé à vie … Tout ceux qui y sont passés me comprendront

  6. Un très bon jeu que je consomme à petite dose pour faire durer le plaisir.

    Le game design est vraiment très bon pour mettre la pression et faire que le joueur ne se sente pas en sécurité. Dans les jeux habituels, il n’y a des surprises que là où il y a des scripts, donc en avant. Ici, quand il y a des monstres, il n’y a pas d’échappatoire…

    Juste nuancé par les endroits que l’on devine aisément comme “inoffensifs”, mais qui permettent tout de même de souffler un peu.

  7. Spoil : La prison est en effet peut être le pire passage. Je crois bien que c’est le seul moment du jeu où le monstre n’est pas scripté.

  8. spoil !
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    hmm le point culminant de la flippe pour moi c’est le choeur.. la gigantesque salle rougeâtre avec les plantes mortes ou tu marches dessus. bon le jeu globalement il fait flipper, mais ce passage quand j’ai du le refaire 3 fois pour chercher 2-3 conneries, c’etait chaud, je longeais les murs a chaque fois, impossible de marcher dans le vide.

  9. KAB : Désolé de te décevoir mais il est là aussi scripté. J’ai testé après coup et il n’apparait qu’à 3 moments distincts. Je ne dirais pas où pour préserver le risque de spoil :)

  10. Ah, déçu ! Au moins les apparitions sont généralement très efficaces, et à part les premières, on n’est pas un spectateur mais on doit être actif.

    Au moins dans l’eau le monstre est présent en permanence, et bien agressif !

  11. SPOILER
    SPOILER
    SPOILER
    SPOILER
    SPOILER

    Personne n’a vu le monstre au tout début ? Je me souviens d’une espèce de grand couloir qui donnait sur un cul de sac en partant à gauche; on entend le monstre à ce moment là, donc moi je suis parti à gauche de manière instinctive ! Je me cache dans l’unique recoin, me prépare à regarder dans le couloir droit devant moi pour voir la menace et hop, gros sursaut : le monstre apparaît juste devant moi, j’aurai pu lui faire la bise. Il a disparu, c’était un script, mais ça a marché sur moi.

    Sinon le pire c’est la prison c’est clair. Le monstre n’est pas scripté dans ce passage, c’est juste horrible. Quand je l’ai passée, j’étais bloqué peu après mais rien qu’à l’idée d’y retourner j’ai arrêté le jeu. Bon après je l’ai fini, parce que c’est quand même un très grand titre.

    Un mot sur l’éditeur de niveaux ? On a des créations pour le jeu ?

  12. Effectivement c’est très Lovecraftien, pour ceux qui veulent prolonger l’ambiance du jeux lisez “Je suis d’ailleurs”. Et puis prenez un gros recueil de nouvelles, de Lovecraft, c’est comme jouer à Amnesia mais dans le silence de votre lit, ou vous flipperez tout seul sans pouvoir éteindre le jeux, bien sur vous pourrez fermer le livre mais bon …

  13. Ce jeu tourne également nativement (très bien) sous linux (à acheter sur le site des développeurs). C’est assez remarquable pour être précisé.

  14. D’habitude, dans un FPS solo, soit tu avances bourrin avec tes armes de gros calibre, soit tu la joues infiltration pour backstabber. Dans les deux cas, tu as des armes ou techniques de combat qui te permettent de prendre le dessus sur un ennemi, ou qui te permettent de te défendre ou de faciliter ta fuite.
    Dans Amnesia, tu n’as pas d’armes ni pour attaquer ni pour te défendre, et de toute façon l’ennemi est si puissant qu’il en est effrayant. C’est un peu comme affronter le minotaure dans Doom sans même ta bite et ton couteau.

  15. Il ressemble à quoi le monstre? Un lien vers un screen peut être?

  16. Lunatic a dit :
    Il ressemble à quoi le monstre? Un lien vers un screen peut être?

    Je vais essayer de répondre sans spoiler (je n’ai pas encore fini le jeu). Physiquement, il est costaud mais pas grand; il pourrait être Jason au cinema. Pour le joueur, il parait indestructible. Mais il y a plus que le physique, il semble irréel, un peu comme s’il sortait de ton pire cauchemar, lorgnant du côté du bestiaire de H. P. Lovecraft ou de Dan Simmons (le Gritche ?).

  17. En fait il y a 3 monstres diférents.

    puisque !! Spoiler !!

    1, le monstre invisible dans l’eau, au début du jeux puis qu’on entend dans le reservoir
    2, Le monstre à la mâchoire disloquée
    3, et l’autre monstre qu’on rencontre dans l’égout et qui a aparemment tué et déchiré le second en deux (on peu jouer à tapoter son cadavre) ce qui le rend encore plus flippant et impressionnant, étant donné qu’il a tué le second monstre qui nous faisait flipper comme c’est pas permis, celui-ci doit être encore pire.
    Je ne suis pas allé plus loin dans le jeu, mais à la lecture des forums steam ca semble être tout.

  18. @ Nico

    Quand tu vois le monstre qui apparait et disparait devant toi, c’est que ton état mental est trop grave (dans le jeu hein :-) ), dans le même genre on peut tomber par terre et se mettre à ramper comme une merde, ou voir des cafards qui traversent le HUD.. En gros, fait pas bon de rester trop longtemps dans le noir.

  19. Marrant, je n’ai suivi que de très loin la sortie du jeu, mais les screens et la vidéo me font penser à ce qu’aurait pu être Alone In The Dark (le premier dans le manoir) en FPS. Au moins au niveau ambiance.
    Du coup je vais m’y pencher, j’adore me foutre la trouille et sursauter comme un con devant mon écran dans le noir (raaah la campagne Marines du premier Alien VS Predator, quelques passages de STALKER aussi…).

  20. @ Bretzel42

    Ben sur ce coup là, je dis chapeau à l’idée. Parce qu’à ce moment là, si quelqu’un était venu me taper sur l’épaule, il serait mort et moi avec.

Ne trollez qu'avec modération. Merci.

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